Il semble
légitime d'attribuer la paternité
des lustres aux potiers d'Irak qui furent
les premiers, au 9ème siècle,
à utiliser des sels métalliques
pour la réalisation de décors
polychromes sur des bols à glaçure
opaque.
Le procédé ainsi découvert
allait faire long feu et longue route,
même s'il fut longtemps l'apanage
des civilisations musulmanes. Sur trois
siècles il gagnera l'Egypte,
la Syrie et la Perse puis, au 13ème,
l'Andalousie, enfin aux 14ème
et 15ème, le reste de l'Espagne,
l'Italie et le sud de la France.
Au-delà, dans les pays d'origine,
ce savoir faire survivra au service
d'une tradition qui ira en s'affaiblissant
lorsque seul l'aspect clinquant des
résultats sera mis en avant.
Aujourd'hui,
venant de plusieurs pays d'Europe, les
céramistes présentés
dans cette exposition, revisitant la
tradition, l'ont adaptée à
un vocabulaire pictural personnel au
service d'un langage spontané
ou très élaboré,
rigoureux et audacieux et bousculent
ainsi la seule préciosité
de la facture traditionnelle pour mieux
utiliser sa force et sa subitilité.
Le coeur du sujet est alors au coeur
de la fournaise.
Entre
réflexion et absorption totales
ou partielles de la lumière,
l'épiderme des céramiques
émaillées doublées
de la superposition des sels métalliques
dont la structure atomique est modifiée
par les conditions de cuisson, bouleverse
les règles de la lumière
réfléchie, la décompose
et nous "explique" le phénomène
de l'iridescence.
Texte
de Jean-Michel Prêt (extraits)